La bataille de Camerone s’est déroulée le 30 avril 1863 au Mexique. Ce jour-là, 65 légionnaires de la 3e compagnie du régiment étranger, commandés par le capitaine Jean Danjou, ont résisté pendant 11 heures à près de 2 000 soldats mexicains. Presque tous sont morts ou ont été capturés, mais ils ont rempli leur mission : retenir l’ennemi assez longtemps pour protéger un convoi destiné au siège de Puebla.
Ce combat perdu d’avance est devenu le mythe fondateur de la Légion étrangère. Il explique pourquoi la Légion célèbre chaque année non pas sa création, mais une défaite tactique transformée en leçon d’honneur. Cet article retrace l’histoire complète : la naissance de la Légion en 1831, le déroulement heure par heure du combat, les officiers tombés, la fameuse main du capitaine Danjou, l’esprit de Camerone et l’héritage vivant de la Légion aujourd’hui.
La création de la Légion étrangère en 1831
La Légion étrangère a été créée le 10 mars 1831 par le roi Louis-Philippe. Cette date est confirmée par le portail officiel de l’armée de Terre. Certaines sources mentionnent le 9 mars, jour de signature du décret, mais la promulgation officielle est intervenue le lendemain, ce qui fait du 10 mars la date de référence retenue par les institutions.
La création répondait à un contexte précis. La conquête de l’Algérie venait de commencer après la prise d’Alger, le 5 juillet 1830. L’armée française avait besoin de troupes supplémentaires pour ce nouveau théâtre. En parallèle, la France comptait de nombreux étrangers sur son sol : révolutionnaires européens réfugiés, soldats sans emploi après les guerres impériales, opposants politiques. La nouvelle unité offrait un débouché à ces hommes tout en les éloignant du territoire métropolitain.
L’ordonnance fondatrice posait une règle restrictive. Elle stipulait que la Légion «ne pourra être employée que hors du territoire continental du royaume». Cette clause fut contournée lors des invasions du territoire en 1870, en 1914-1918 et en 1940, quand la défense du pays exigea l’engagement de tous.
Un principe juridique a marqué durablement l’institution. Le législateur autorisa les engagements sur simple déclaration d’identité. Beaucoup d’étrangers ne disposaient pas de pièces d’état civil complètes, et cette souplesse administrative permettait de les recruter rapidement. À l’origine purement utilitaire, cette disposition est devenue l’un des fondements de l’identité légionnaire : la possibilité de servir sous une identité déclarée et de commencer une nouvelle vie. Une grande part du mystère qui entoure le légionnaire vient de cette seconde chance offerte à ceux qui acceptent ses règles.
La Légion s’inscrivait aussi dans une longue tradition de troupes étrangères au service de la France. Elle hérita de l’esprit des anciennes légions, comme la Légion italique ou les légions polonaises. En 1815 déjà, une Légion royale étrangère avait été créée par ordonnance à partir des régiments étrangers de la Grande Armée.
L’unification de cette troupe disparate s’est jouée quelques années plus tard. À l’initiative du général Bernelle, le principe de l’amalgame fut appliqué en 1835. Les légionnaires furent répartis sans distinction de nationalité, et le français devint la langue unique du commandement. Cette règle, qui obligeait des hommes venus de partout à se comprendre et à combattre ensemble, contribue encore aujourd’hui à la cohésion de la Légion étrangère.
L’ampleur de cet engagement humain se mesure dans la durée. Depuis sa création jusqu’en 1963, la Légion a compté plus de 600 000 soldats de nationalités diverses, avec une majorité d’Allemands, suivis d’Italiens, de Belges, mais aussi de Français, d’Espagnols et de Suisses. Depuis 1831, près de 36 000 légionnaires ont honoré, par le don de leur vie, le contrat qu’ils avaient signé.
L’expédition du Mexique : pourquoi la Légion combat à Camerone
Pour comprendre Camerone, il faut situer l’expédition du Mexique. Sous Napoléon III, la France engagea un corps expéditionnaire au Mexique au début des années 1860. L’armée française assiégeait alors la ville de Puebla, étape clé sur la route de Mexico, et devait acheminer des renforts et du matériel depuis le port de Veracruz.
Le ravitaillement passait par de longs convois traversant un territoire hostile, exposé aux attaques des forces mexicaines. Un de ces convois partit de Veracruz le 29 avril 1863. Il transportait des vivres, du matériel de siège, des médicaments, des munitions, plusieurs pièces d’artillerie et un important chargement en numéraire, indispensable pour soutenir l’effort de guerre devant Puebla.
La valeur de ce chargement est estimée à 3 millions de francs en numéraire par les sources gouvernementales comme Chemins de mémoire et le Récit officiel de Camerone. D’autres sources avancent un montant de 4 millions de francs en pièces d’or. Quelle que soit la somme exacte, l’enjeu était considérable, et la protection du convoi justifiait une vigilance accrue sur la route.
C’est dans ce cadre que la 3e compagnie du régiment étranger fut mobilisée. Sa mission consistait à explorer les abords de Palo Verde pour sécuriser le passage du convoi. Or cette compagnie ne disposait d’aucun officier disponible. Le capitaine Jean Danjou, adjudant-major du régiment, se porta volontaire pour en prendre le commandement.
Deux jeunes officiers l’accompagnèrent par choix. Les sous-lieutenants Jean Vilain, payeur, et Clément Maudet, porte-drapeau, se joignirent à lui alors qu’ils n’y étaient pas obligés. Avec les hommes du rang, l’effectif total atteignait 65 personnes : 62 hommes et 3 officiers. Ce sont eux qui allaient affronter, le lendemain, une force trente fois supérieure.

Le combat du 30 avril 1863, heure par heure
La 3e compagnie se met en route le 30 avril vers 1 heure du matin, depuis sa garnison de Chiquihuite. Elle passe devant le poste de Paso del Macho, dépasse le groupe de maisons appelé Camarón de Tejeda, situé à environ 55 kilomètres à l’ouest de Veracruz, et atteint Palo Verde vers 7 heures. Elle a parcouru à marche forcée les 24 kilomètres qui la séparaient de son point de départ.
Les légionnaires s’arrêtent pour faire le café. C’est à ce moment qu’ils repèrent les cavaliers mexicains. Un coup de feu claque, blessant un homme. Le capitaine Danjou fait aussitôt former le carré, une formation défensive qui présente des fusils sur chaque face. Les 300 cavaliers irréguliers du colonel Milán chargent. La première salve brise leur élan et les contraint à faire demi-tour, tout en infligeant de premières pertes sévères.
Tout en battant en retraite, la compagnie repousse plusieurs charges successives. Danjou cherche une position défendable. Il la trouve à hauteur de l’auberge de Camerone, une vaste hacienda dont la cour est entourée d’un mur de 3 mètres de haut. Il décide de s’y retrancher pour fixer l’ennemi et retarder le plus longtemps possible toute attaque contre le convoi.
Pendant que les hommes organisent à la hâte la défense de la cour, un officier mexicain, fort de sa supériorité numérique, somme Danjou de se rendre. La réponse du capitaine est restée célèbre.
Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas.
Puis, levant la main, Danjou jure de se défendre jusqu’à la mort et fait prêter à ses hommes le même serment. Il est 10 heures. Ce serment de Camerone scelle le sort de la compagnie. Les légionnaires n’ont ni mangé ni bu depuis la veille, ils supportent une chaleur extrême, et chacun ne dispose que de 60 cartouches. Face à eux se déploient près de 2 000 Mexicains : 800 cavaliers et 1 200 fantassins répartis en trois bataillons.
Le siège dure tout l’après-midi. À midi, le capitaine Jean Danjou est frappé d’une balle en plein cœur. Le commandement passe au sous-lieutenant Vilain, qui tombe à son tour vers 14 heures, frappé en plein front. Le sous-lieutenant Clément Maudet prend alors la tête des survivants. À 17 heures, il ne reste plus que douze hommes en état de combattre autour de lui.
Le colonel Milán rassemble ses troupes et leur rappelle la honte qui les couvrirait s’ils ne parvenaient pas à venir à bout de cette poignée d’hommes. Il adresse une dernière sommation à Maudet, qui la repousse avec mépris. L’assaut final est lancé par les brèches ouvertes dans les murs.
Bientôt, il ne reste plus autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine et les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin et Leonhard. Chacun garde une dernière cartouche, baïonnette au canon, le dos au mur, dans un angle de la cour. À un signal, ils déchargent leurs armes à bout portant, puis se précipitent à la baïonnette. Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort. Les survivants vont être massacrés quand un officier mexicain s’interpose pour les sauver et leur crie de se rendre.
La négociation qui suit fait honneur aux deux camps. Le caporal Maine pose ses conditions : que les Mexicains relèvent et soignent les blessés, et que les légionnaires conservent leurs armes. Les baïonnettes restent menaçantes pendant l’échange. La réponse de l’officier mexicain, identifié sous le nom de Ramon Laisné, est entrée dans la légende.
On ne refuse rien à des hommes comme vous.
Le convoi était sauvé. Après les pertes subies, le colonel Milán n’était plus en mesure de l’attaquer. Le lendemain, le 1er mai, le colonel Jeanningros, prévenu par des Indiens du drame, parvient à Camerone avec ses éléments disponibles. Il voit surgir d’un fossé un homme presque nu, couvert de blessures, que personne ne reconnaît d’abord : le tambour Lai, de la compagnie Danjou, laissé pour mort sur le champ de bataille et ranimé par la fraîcheur de la nuit. Il raconte ce qu’il a vu du combat, avant de tomber lui-même.
Le bilan de Camerone : pertes et reddition honorable
Le bilan humain de la compagnie fut très lourd. Environ deux tiers des officiers, sous-officiers et légionnaires furent tués ou mortellement blessés sur un effectif de 65 hommes. La Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, source institutionnelle de la Légion, fournit le détail le plus précis de ces pertes.
| Catégorie de pertes | Nombre |
|---|---|
| Tués au combat : officiers | 2 |
| Tués au combat : hommes | 22 |
| Morts de leurs blessures : officiers | 1 |
| Morts de leurs blessures : hommes | 8 |
| Morts en captivité | 19 |
| Prisonniers (la plupart blessés) | 12 |
Côté mexicain, les pertes furent également sévères. Selon les sources gouvernementales et le Récit officiel, le combat coûta environ 300 tués et autant de blessés aux assaillants. Aucun chiffre officiel mexicain n’a toutefois jamais été établi, et l’incertitude historique demeure sur le décompte exact.
La résistance des légionnaires atteignit son objectif stratégique. En retenant l’ennemi pendant 11 heures, la 3e compagnie permit au convoi de poursuivre sa route sans encombre vers le siège de Puebla. Sur le plan tactique, les Mexicains l’emportèrent, puisque la compagnie fut anéantie. Sur le plan de la mission, les légionnaires gagnèrent : ils avaient fait exactement ce qui leur était demandé.
Le sort des prisonniers se régla quelques mois plus tard. Les blessés français furent transportés vers les hôpitaux de Huatusco et de Jalapa. Trois mois après le combat, un échange eut lieu : 20 légionnaires furent libérés contre 200 prisonniers mexicains, parmi lesquels le colonel Manuel Maria Alba. La reddition honorable obtenue dans la cour de l’hacienda avait préservé la dignité des derniers combattants.
Danjou, Vilain et Maudet, les officiers de Camerone
Le capitaine Jean Danjou incarne à lui seul l’esprit du combat. Adjudant-major du régiment étranger, il n’était pas affecté à la 3e compagnie, mais s’en porta volontairement commandant faute d’officier disponible. Sa silhouette était reconnaissable entre toutes : il portait une main articulée en bois, fabriquée en Algérie une dizaine d’années plus tôt, après un accident d’arme à feu. Cette prothèse allait devenir, bien malgré lui, la relique la plus précieuse de la Légion.
Le sous-lieutenant Jean Vilain, payeur de la compagnie, partagea le sort de son chef. Frappé en plein front vers 14 heures alors qu’il avait pris le commandement après la mort de Danjou, il tomba les armes à la main. Son engagement volontaire dans une mission qui ne le concernait pas illustre l’état d’esprit des officiers présents ce jour-là.
Le sous-lieutenant Clément Maudet, porte-drapeau, fut le dernier officier à commander. Grièvement blessé lors de l’assaut final, il survécut quelques jours au combat. Transporté à dos de mulet pendant deux jours jusqu’à Huatusco, soit environ 64 kilomètres au nord-ouest, il franchit la rivière Jamapa et passa de 320 à 1 200 mètres d’altitude avant de succomber à l’hôpital le 8 mai 1863.
L’histoire de Maudet connut un épilogue tardif. Après le combat, dans une région occupée par les troupes de Juárez, personne ne put localiser sa sépulture. Lorsque l’association «Camerone» fut fondée, des recherches furent entreprises. Sa tombe ne fut retrouvée et identifiée que quatre-vingt-seize ans après sa mort, grâce au concours d’un avocat lieutenant-colonel de réserve de l’armée mexicaine.
La reconnaissance officielle de ces trois hommes fut décidée au plus haut niveau. L’empereur Napoléon III ordonna que le nom de Camerone soit inscrit sur le drapeau du régiment étranger, et que les noms de Danjou, Vilain et Maudet soient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris. Pour le drapeau, la décision fut formalisée le 4 octobre 1863 par le général Randon, alors ministre de la Guerre.

La main du capitaine Danjou, relique de la Légion
La main de bois du capitaine Danjou occupe une place à part dans la mémoire légionnaire. Perdue sur le champ de bataille au milieu du chaos du combat, elle disparut pendant deux ans avant de réapparaître par hasard.
Sa redécouverte tient du roman. La main fut retrouvée le 20 juillet 1865 par le lieutenant autrichien Grüber, chez un propriétaire français de ranch installé près de Tesuitlan, au Mexique. Il l’acheta pour 50 piastres et la rapporta à la Légion. Elle fut déposée à Sidi Bel Abbès la même année, où la Légion avait alors son siège.
Son statut de relique se fixa lors d’une cérémonie précise. Le 30 avril 1925, la main du capitaine Danjou fut présentée solennellement pour la première fois sur le front des troupes, à Sidi Bel Abbès. À partir de là, elle devint l’objet central du rituel de Camerone, symbole du commandement, du serment et du sacrifice.
Son lieu de conservation a suivi les déplacements de la Légion. Depuis le départ d’Algérie en 1962, la main du capitaine Danjou est conservée dans la crypte du Musée du Souvenir de la Légion étrangère, à Aubagne. Elle n’en sort que pour la cérémonie annuelle, portée sur un coussin le long de la voie sacrée qui mène au monument aux morts.
La tradition reste vivante chaque année. Lors d’une récente cérémonie de Camerone à Aubagne, en présence du président de la République, la main du capitaine Danjou a été portée à travers la place d’armes par le colonel (en retraite) Jacques Lhopitallier, grand-croix de la Légion d’honneur. Le geste, répété d’année en année, relie directement les légionnaires d’aujourd’hui à ceux de 1863.
L’esprit de Camerone et les valeurs de la Légion
Camerone ne se résume pas à un fait d’armes. Le combat a été essentialisé par la commémoration pour en tirer une morale, ce que la Légion appelle l’esprit de Camerone. Plus qu’une victoire, c’est un idéal : tenir jusqu’au bout, ne jamais trahir sa parole, rester fidèle à ses compagnons.
Cet esprit repose sur trois piliers que tout légionnaire doit faire siens. Le premier est l’obéissance, même quand l’ordre conduit à un combat perdu. Le deuxième est le combat jusqu’à la mort, puisque la quasi-totalité de l’effectif fut anéantie. Le troisième est l’abnégation totale au service de la mission, démontrée par le convoi sauvé au prix de la compagnie.
Une expression résume ce mode d’action. Dans la Légion, «faire Camerone» signifie se battre jusqu’au bout sans renoncer, tenir une position coûte que coûte. La formule est presque devenue un verbe, employé pour décrire l’attitude attendue d’un légionnaire face à l’adversité.
La devise de la Légion traduit ces valeurs. À l’origine, elle était «Valeur et discipline». Elle fut remplacée en 1920 par «Honneur et Fidélité», deux mots qui figurent aujourd’hui sur ses emblèmes. À cela s’ajoute la maxime «Legio Patria Nostra», qui signifie «la Légion, notre patrie», et le principe selon lequel on reste légionnaire à vie.
Cette fraternité d’armes dépasse les origines de chacun. Des hommes venus de partout choisissent de servir ensemble pour une cause plus grande qu’eux. Cette idée a été résumée par l’écrivain et ancien légionnaire Hélie de Saint Marc, pour qui seul compte le danger partagé, indépendamment du nom ou de la religion de celui qui le partage.

La commémoration de Camerone, du Mexique à Aubagne
La fête de Camerone est la commémoration annuelle du combat du 30 avril 1863. Elle est devenue la fête officielle de la Légion étrangère et se tient chaque 30 avril dans toutes ses unités, où qu’elles se trouvent dans le monde. La date est fixe et indépendante de l’année : c’est l’anniversaire du combat qui est célébré, partout en même temps.
La tradition de la lecture remonte au début du XXe siècle. Pour la première fois en 1906, le récit du combat fut lu sur le front des troupes, le 30 avril, au poste de Ta-Lung, en Indochine. Depuis, chaque 30 avril, le Récit de Camerone est lu devant les troupes rassemblées, dans chaque régiment et chaque amicale, perpétuant la mémoire des héros de 1863.
La cérémonie principale se déroule à Aubagne. Au quartier Viénot, siège de la Légion, une prise d’armes solennelle réunit les troupes en grande tenue. Le point d’orgue est la présentation de la main du capitaine Danjou, portée le long de la voie sacrée jusqu’au monument aux morts, sous les yeux d’anciens, de familles et de nombreux spectateurs. Près de 5 000 personnes assistent chaque année à cette commémoration.
Le déroulé s’étend sur plusieurs jours. La veille du 30 avril, une messe du souvenir est célébrée dans une église des environs, comme à Auriol. Le 30 avril, les portes du quartier Viénot ouvrent à 7 heures, la prise d’armes se tient en milieu de matinée, puis une kermesse ouvre au public. Les festivités se prolongent le 1er mai avec la poursuite des animations.
L’aspect festif a sa place aux côtés du recueillement. La soirée du 30 avril réunit traditionnellement l’élection de Miss Képi Blanc et le bal du légionnaire. La kermesse, les démonstrations et les expositions ouvrent la Légion au public et en font un moment de transmission, notamment vers les jeunes générations et les candidats potentiels au recrutement.
L’accès à la cérémonie est organisé par étapes. Les inscriptions ouvrent d’abord aux familles du quartier Viénot, puis aux anciens légionnaires et aux amicales, et enfin au tout public quelques semaines avant l’événement. Compte tenu de l’affluence, il est recommandé de se présenter tôt au poste d’accueil, et les animaux ne sont pas admis dans les tribunes.
Camerone dépasse largement Aubagne. Sur les cinq continents, tous ceux qui sont attachés à la Légion communient dans la même commémoration le même jour. D’un régiment de métropole à un détachement outre-mer, le rituel est identique : la lecture du récit, le souvenir des morts, la fidélité à la parole donnée.
Les grandes campagnes : du Mexique à l’Indochine
Camerone s’inscrit dans une histoire de combats bien plus large. Après vingt ans de guerre en Algérie, la Légion s’était illustrée en Crimée puis en Italie, avant le Mexique. La campagne mexicaine elle-même ne se limita pas à Camerone. Pour la Légion, elle se solda par 31 officiers et 328 sous-officiers et légionnaires tués, auxquels s’ajoutèrent 1 589 morts de maladie.
Le XXe siècle apporta son lot d’engagements majeurs. Dès août 1914, la Légion combattit dans la Grande Guerre, sous la conduite notamment du colonel Rollet, et compta dans ses rangs des pilotes américains de l’escadrille La Fayette.
La Seconde Guerre mondiale prolongea cette tradition. En 1940, la Légion se distingua à la bataille de Narvik, en Norvège. En 1942, la 13e demi-brigade de Légion étrangère, la 13e DBLE, s’illustra à Bir-Hakeim, en Libye, où elle tint une position clé. Ces faits d’armes ancrèrent la 13e DBLE dans la mémoire de la France Libre.
L’Indochine reste le conflit le plus meurtrier de l’histoire de la Légion. Entre 1946 et 1954, plus de 72 000 hommes y furent engagés, représentant 8 % des troupes du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Le bilan fut effroyable : 307 officiers, 1 082 sous-officiers et 9 092 soldats furent tués ou décédés des suites de leurs blessures, soit 10 481 morts comptabilisés. C’est le bilan le plus lourd jamais subi par la Légion au cours d’une guerre, devant la Première Guerre mondiale.
La composition de la Légion en Indochine reflète l’après-guerre européen. Une part importante des effectifs venait des pays germaniques, notamment d’anciens soldats allemands de la Seconde Guerre mondiale.
| Groupe géolinguistique | Pourcentage |
|---|---|
| Germaniques | 40% |
| Latins | 22% |
| Français | 16% |
| Pays de l’Ouest | 11% |
| Pays de l’Est | 9% |
| Anglo-saxons | 0,4% |
| Divers | 1,6% |
L’esprit de Camerone accompagna les légionnaires jusque dans les pires moments. En 1954, lors du siège de Diên Biên Phu, le Récit de Camerone fut lu à la radio par le lieutenant-colonel Lemeunier, pour respecter la tradition malgré l’encerclement. Environ 1 500 légionnaires perdirent la vie ou furent portés disparus durant cette bataille.
La page algérienne se referma sur un déménagement historique. La guerre d’Algérie de 1954 à 1962 mobilisa fortement la Légion. En 1962, à l’indépendance de l’Algérie, soit cent trente ans après l’arrivée initiale de la Légion en 1831, le monument aux morts et la maison mère quittèrent Sidi Bel Abbès pour Aubagne. Le centre de gravité de la Légion étrangère se déplaçait définitivement vers la métropole.
Pierre Messmer, du képi de la 13e DBLE à Matignon
Le parcours de Pierre Messmer illustre le lien entre la Légion et l’histoire de la France contemporaine. Né à Vincennes le 20 mars 1916, dans une famille alsacienne ayant opté pour la France en 1870, il devint l’un des plus fidèles compagnons du général de Gaulle.
Son engagement commença dès la défaite de 1940. Le 17 juin 1940, Messmer entra en Résistance. Il quitta Marseille en détournant un navire et rejoignit de Gaulle à Londres. Le 26 mai 1941, à l’issue de la campagne d’Érythrée où il s’illustra avec la 13e DBLE, de Gaulle le décora de la croix de la Libération. Il poursuivit la guerre avec la même unité, notamment à Bir-Hakeim, gravant son nom dans l’épopée de la France Libre.
Une longue carrière coloniale précéda son entrée au gouvernement. Administrateur en Indochine puis en Afrique, il occupa de hautes fonctions avant que de Gaulle ne l’appelle, en février 1960, au poste de ministre des Armées. Sa mission était délicate : aider le président à sortir du bourbier algérien sans que l’autorité de l’État ne vacille. Ce mandat passa par la dissolution de plusieurs régiments, dont les premiers régiments étrangers de parachutistes, dans un contexte de tensions extrêmes au sein de l’armée.
Son action structura durablement la défense française. Ministre des Armées de 1960 à 1969, il mit en œuvre la force de frappe nucléaire voulue par de Gaulle, accompagna la réorganisation de l’armée après le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN, et lança le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français. Selon la presse, il considérait l’arme nucléaire comme le fondement de l’indépendance nationale.
Sa carrière culmina à Matignon. Premier ministre de 1972 à 1974 sous Georges Pompidou, il prit des décisions majeures. Après le choc pétrolier de 1973, il lança la construction de seize centrales nucléaires pour assurer l’indépendance énergétique du pays. Il engagea le programme du TGV Paris-Lyon, décida de la production des premiers Airbus et du Concorde, et signa l’accord créant l’Agence spatiale européenne et le lanceur Ariane.
Son rapport à la Légion resta constant. Selon certaines sources, alors que la dissolution de la Légion étrangère aurait été envisagée, Messmer, ancien de la 13e DBLE, s’y serait opposé et aurait contribué à la préserver. Cet épisode est mal documenté et discuté, mais il témoigne de l’attachement durable de l’homme à l’institution qui l’avait formé. Élu à l’Académie française en 1999, chancelier de l’ordre de la Libération, Pierre Messmer s’éteignit à Paris le 29 août 2007. Dans ses mémoires, il écrivait que la dignité d’un homme ne tient pas à ses grades ou à sa richesse, mais à l’usage qu’il a fait de sa liberté.

La Légion étrangère aujourd’hui
La Légion étrangère reste une force combattante majeure de l’armée de Terre. Selon le portail officiel de l’armée de Terre, elle compte aujourd’hui près de 9 000 hommes, ce qui représente 11 % de la Force opérationnelle terrestre. En intégrant les unités de réserve opérationnelle et le personnel civil de la Défense, le volume total atteint quelque 10 500 personnes.
Sa diversité reste l’une de ses marques. La Légion réunit 156 nationalités différentes. Contrairement à une idée reçue, elle n’est pas composée uniquement d’étrangers : environ 30 % des légionnaires sont français. Cette mixité, héritée du principe d’amalgame de 1835, demeure un trait fondamental de l’institution.
Le recrutement obéit à des critères stricts. La Légion recrute des hommes âgés de 17 ans et demi à 40 ans, y compris des candidats francophones appelés à soutenir l’apprentissage de la langue. La sélection est rigoureuse : à l’issue de plusieurs semaines de tests, une recrue est engagée pour environ dix candidats volontaires. La Légion ne recrute que des hommes comme légionnaires, même si aucune disposition statutaire n’interdit en soi le recrutement de femmes.
Une évolution récente a touché l’identité déclarée. Depuis septembre 2010, l’engagement sous identité d’emprunt n’est plus obligatoire mais optionnel. La majorité des recrues s’engagent désormais sous leur identité réelle, même si la possibilité de l’anonymat reste un élément de l’histoire et de la culture de la Légion.
La Légion s’organise en plusieurs régiments aux spécialités distinctes. Le 1er régiment étranger est installé à Aubagne, où se trouve le commandement. Le 2e régiment étranger de parachutistes, stationné à Calvi, en Corse, est une unité aéroportée d’élite. Le 1er régiment étranger de cavalerie, basé à Orange, apporte la composante blindée. À ces unités s’ajoutent des régiments d’infanterie, de génie et de formation répartis sur le territoire et outre-mer.
Ses engagements opérationnels sont nombreux. Au XXIe siècle, la Légion a été déployée en ex-Yougoslavie, en Afghanistan et au Sahel, notamment au Mali. Elle participe aussi aux opérations conduites sur le territoire national et outre-mer, comme Sentinelle, Harpie contre l’orpaillage illégal en Guyane, ou Titan pour la protection du centre spatial. Cette activité s’accompagne d’une modernisation technique continue.
Les symboles de la Légion restent immédiatement reconnaissables. Le képi blanc en est le plus célèbre. Il trouve son origine dans l’ancien couvre-képi qui, sous l’action du soleil et des lavages répétés, prenait un aspect immaculé. Officiel depuis 1947, le képi blanc est porté par les militaires du rang, tandis que les officiers, sous-officiers et caporaux-chefs anciens portent un képi noir. La cadence de marche de la Légion, lente et solennelle, est de 88 pas par minute, contre 116 pour les autres régiments de l’armée française.
Le monument de Camerone et l’hommage du Mexique
Le souvenir de Camerone est aussi inscrit dans la pierre, sur le lieu même du combat. Camarón de Tejeda se situe dans l’État de Veracruz, à environ 55 kilomètres à l’ouest du port de Veracruz, près du village de Palo Verde. C’est là, sur la route reliant Veracruz à Puebla, que l’hacienda servit de dernier réduit aux légionnaires.
Un monument commémoratif fut élevé en 1892 sur l’emplacement du combat. Laissé à l’abandon avec le temps, il incita le colonel Penette à en dresser un nouveau, inauguré officiellement en 1963 à l’occasion du centenaire de la bataille. Le monument porte une inscription devenue l’un des textes les plus connus de la Légion.
Ils furent ici moins de soixante, opposés à toute une armée. Sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats français, le 30 avril 1863. À leur mémoire, la patrie éleva ce monument.
L’attitude du Mexique envers ce monument est remarquable. Depuis son érection, les troupes mexicaines présentent les armes en passant devant lui, dans le plus grand silence, en hommage au courage des légionnaires. Les tombes des soldats français morts au combat sont entretenues par le gouvernement mexicain. Un siècle et demi après l’affrontement, l’ancien adversaire honore ainsi la mémoire des vaincus.
Camerone occupe enfin une place unique sur les emblèmes de la Légion. Le nom est brodé sur tous les drapeaux des régiments de Légion étrangère, et il figure avant toutes les autres inscriptions, alors même que seuls les 1er et 2e régiments étrangers existaient durant la campagne du Mexique. Cette préséance traduit le statut fondateur du combat : avant toutes les victoires, la Légion honore d’abord un combat perdu mais accompli.
Foire aux questions
C’est quoi la bataille de Camerone ?
La bataille de Camerone est un combat qui s’est déroulé le 30 avril 1863 au Mexique, durant l’expédition française menée sous Napoléon III. Soixante-cinq légionnaires de la 3e compagnie du régiment étranger, commandés par le capitaine Jean Danjou, se sont retranchés dans une hacienda et ont résisté pendant 11 heures à environ 2 000 soldats mexicains, soit 800 cavaliers et 1 200 fantassins. Malgré la perte des deux tiers de leur effectif, ils ont tenu leur serment de se défendre jusqu’à la mort, permettant au convoi qu’ils protégeaient de passer. Ce combat est devenu le symbole fondateur de la Légion étrangère, incarnant l’honneur, la fidélité à la mission et le sacrifice.
Où est la main du capitaine Danjou ?
La main articulée en bois du capitaine Danjou, qu’il portait après un accident d’arme à feu survenu en Algérie une dizaine d’années avant Camerone, a été retrouvée le 20 juillet 1865 par le lieutenant autrichien Grüber, chez un propriétaire de ranch français près de Tesuitlan, au Mexique. Achetée pour 50 piastres, elle a d’abord été déposée à Sidi Bel Abbès. Depuis le départ de la Légion d’Algérie en 1962, elle est conservée dans la crypte du Musée du Souvenir de la Légion étrangère, à Aubagne. Elle est présentée solennellement chaque 30 avril, portée sur un coussin le long de la voie sacrée qui mène au monument aux morts.
Quel est le surnom des soldats de la Légion étrangère ?
Les soldats de la Légion étrangère sont surnommés les «képis blancs», en référence à la couleur distinctive de leur coiffe. Ce képi blanc trouve son origine dans le port d’un ancien couvre-képi qui, sous l’action du soleil et des lavages répétés, prenait un aspect immaculé. Ce blanc est officiel depuis 1947. Il est porté par les militaires du rang, tandis que les officiers, sous-officiers et caporaux-chefs anciens portent un képi noir. Le terme «képis blancs» est devenu mondialement synonyme de légionnaire.
Qui a gagné la bataille de Camerone ?
Sur le plan tactique, les Mexicains ont remporté la bataille, puisque les légionnaires ont été vaincus et presque entièrement anéantis. Mais la Légion considère Camerone comme une victoire morale, car la mission a été accomplie : en retenant l’ennemi pendant 11 heures, les légionnaires ont permis au convoi vital qu’ils protégeaient de passer. Après ses lourdes pertes, le colonel Milán n’était plus en mesure d’attaquer ce convoi. Les derniers survivants ont obtenu une reddition honorable, conservant leurs armes et obtenant que leurs blessés soient soignés. L’officier mexicain qui accepta la capitulation déclara : «On ne refuse rien à des hommes comme vous.»
Qu’est-ce que la fête de Camerone ?
La fête de Camerone est la commémoration annuelle du combat du 30 avril 1863, devenue la fête officielle de la Légion étrangère. Elle est célébrée chaque 30 avril dans toutes les unités de la Légion, où qu’elles se trouvent dans le monde. La cérémonie principale se déroule au quartier Viénot, à Aubagne. Le rituel comprend la lecture solennelle du Récit de Camerone devant les troupes, la présentation de la main du capitaine Danjou, une prise d’armes militaire et une kermesse ouverte au public. Les festivités s’étendent sur trois jours, du 29 avril au 1er mai, avec diverses animations, l’élection de Miss Képi Blanc et le bal du légionnaire.
Où se trouve Camerone au Mexique ?
Camerone, Camarón de Tejeda en espagnol, se trouve dans l’État de Veracruz, à environ 55 kilomètres à l’ouest du port de Veracruz, près du village de Palo Verde. Le combat s’est déroulé dans une hacienda du village, sur la route reliant Veracruz à Puebla, que l’armée française empruntait pour ravitailler ses troupes assiégeant Puebla. Un monument commémoratif a été érigé en 1892 sur l’emplacement du combat, puis reconstruit en 1963 lors du centenaire. Depuis, les troupes mexicaines présentent les armes en passant devant ce monument, en hommage au courage des légionnaires.
Quelle est l’histoire de la Légion étrangère ?
La Légion étrangère a été créée le 10 mars 1831 par le roi Louis-Philippe, pour incorporer des soldats étrangers dans l’armée française et les employer dans la conquête de l’Algérie, commencée après la prise d’Alger en 1830. De sa création jusqu’en 1963, elle a compté plus de 600 000 soldats de nationalités diverses. Elle s’est illustrée dans tous les combats menés par la France : Camerone en 1863, la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale avec notamment Bir-Hakeim en 1942, la guerre d’Indochine de 1946 à 1954, son conflit le plus meurtrier, et la guerre d’Algérie de 1954 à 1962. Basée à Sidi Bel Abbès jusqu’en 1962, elle est installée depuis à Aubagne. Elle compte aujourd’hui près de 9 000 hommes et 156 nationalités.
Qui était Pierre Messmer ?
Pierre Messmer, qui a vécu de 1916 à 2007, était un homme politique et militaire français, fidèle compagnon du général de Gaulle. Résistant dès le 17 juin 1940, il rejoignit la France Libre à Londres et s’illustra comme officier de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, notamment lors de la campagne d’Érythrée et à Bir-Hakeim, ce qui lui valut la croix de la Libération. Administrateur colonial en Indochine puis en Afrique, il fut ministre des Armées de 1960 à 1969, période durant laquelle il mit en place la force de frappe nucléaire. Premier ministre de 1972 à 1974 sous Georges Pompidou, il lança les centrales nucléaires après le choc pétrolier de 1973, le TGV Paris-Lyon et l’Agence spatiale européenne. Il fut élu à l’Académie française en 1999.
Quel est le symbole de Camerone ?
Le principal symbole de Camerone est la main articulée en bois du capitaine Danjou, conservée comme une relique dans la crypte du Musée de la Légion étrangère, à Aubagne. Cette prothèse représente le commandement, le serment de fidélité et l’héroïsme du combat. Elle est présentée solennellement chaque 30 avril, portée sur un coussin le long de la voie sacrée. Au-delà de cet objet, Camerone symbolise les valeurs fondatrices de la Légion : la fidélité à la parole donnée, l’exécution de la mission jusqu’au sacrifice, le courage et la fraternité d’armes par-delà les origines. L’expression «faire Camerone» est devenue synonyme de se battre jusqu’au bout sans renoncer. Le monument érigé en 1892 sur le site porte l’inscription : «La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats français.»
Comment est née la Légion étrangère ?
La Légion étrangère est née par ordonnance du roi Louis-Philippe, le 10 mars 1831, à l’instigation du ministre de la Guerre, le maréchal Soult. L’ordonnance stipulait : «Il sera formé une Légion composée d’étrangers.» Sa création répondait à deux besoins : fournir des troupes pour la conquête de l’Algérie, commencée après la prise d’Alger le 5 juillet 1830, et occuper les nombreux étrangers présents en France, comme les révolutionnaires réfugiés et les soldats sans emploi après les guerres impériales. Le législateur autorisa les engagements sur simple déclaration d’identité, permettant aux recrues de commencer une nouvelle vie. L’ordonnance précisait aussi que la Légion ne pourrait être employée que hors du territoire continental du royaume, clause contournée lors des invasions de 1870, 1914-1918 et 1940.
Sources
- Camerone – cheminsdememoire.gouv.fr
- Histoire de la Légion étrangère – terre.defense.gouv.fr
- Les combats de Camerone – defense.gouv.fr
- Camerone – camerone.legion-etrangere.com
- LA BATAILLE DE CAMERONE – Héroïsme et fierté de la légion étrangère – saintgeniesdecomolas.fr
- Cérémonie de Camerone à Aubagne. – elysee.fr
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