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Chants de la Légion étrangère : Le Boudin et son histoire

Les chants de la Légion étrangère : origine du Boudin, paroles, cadence à 88 pas par minute, instruments et grands chants de tradition du corps.

Légionnaire pionnier en képi blanc avec une hache à l'épaule lors d'un défilé militaire en formation.

Les chants de la Légion étrangère occupent une place à part dans la culture militaire française. Au centre de ce répertoire, un titre domine : Le Boudin, à la fois marche officielle et chant de tradition du corps. Derrière son refrain populaire « Tiens, voilà du boudin », ce chant de marche raconte l'histoire de la Légion, ses batailles et ses règles. Cet article retrace l'origine du Boudin, le sens de ses paroles, sa cadence singulière et les autres grands chants qui rythment la vie légionnaire.

Le Boudin, marche officielle et chant de tradition

Le Boudin est à la fois la marche officielle de la Légion étrangère et son chant de tradition. Selon le ministère des Armées, sa mélodie a été composée par François-Nicolas Wilhelm, chef de musique de la Légion en poste de 1858 à 1864. Vers 1860, à la tête d'une formation d'une quarantaine de musiciens, Wilhelm bâtit cette marche à partir des seize mesures imposées aux régiments français de l'époque. Le chant est aussi la marche du commandement de la Légion étrangère (COMLE).

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L'exécution obéit à un protocole précis. Le Boudin se chante au garde-à-vous, l'attaque intervenant après le décompte 1.2.3.4. La partition est en fa majeur, avec une note de départ en fa, et la cadence est calée sur 88 pas par minute. Ces paramètres ne sont pas anecdotiques : ils servent à régler la marche du corps.

Paramètre Valeur
Tonalité Fa majeur (F major)
Note de départ Fa (F)
Cadence 88 pas/mn
Position d'exécution Au garde-à-vous
Signal d'attaque Après 1.2.3.4

Le premier enregistrement du Boudin date de 1952. Il a été réalisé par le chef de musique Marcel Lasalmonie, sur un disque 78 tours référencé Képi blanc 18.

« Tiens, voilà du boudin » : l'origine du refrain

Le refrain intrigue toujours autant : pourquoi des légionnaires chantent-ils « Tiens, voilà du boudin » ? La réponse n'a rien de culinaire. Dans le jargon militaire, le « boudin » désigne la toile de tente que chaque légionnaire roulait serré pour la fixer sur son sac. Sa forme allongée et cylindrique rappelait celle du produit charcutier, d'où le surnom. Lors des campagnes lointaines, ce paquetage allégé était porté en bandoulière.

L'origine exacte reste discutée. Le ministère des Armées reconnaît que les historiens n'ont pas tranché entre deux pistes : le boudin pourrait renvoyer à la Blutwurst appréciée des Alsaciens, ou à la toile de tente roulée sur le havresac.

Le refrain énumère ensuite les nationalités servies :

Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin,
Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains,
Pour les Belges, y'en a plus, ce sont des tireurs au cul.

Ce contraste entre la trivialité du refrain et la gravité des couplets explique en partie la popularité du chant, aussi bien auprès des enfants que des soldats.

« Pour les Belges, y'en a plus » : trois explications

Le vers le plus commenté du Boudin vise les Belges, écartés du partage. Trois explications coexistent, sans qu'aucune ne fasse l'unanimité.

La première remonte à la campagne du Mexique. Apprenant que la Légion va y être engagée, le roi des Belges Léopold Ier invoque la neutralité de son royaume et obtient de Napoléon III le renvoi de ses ressortissants en Algérie. Ignorant ces raisons diplomatiques, les légionnaires chantent par ironie ces paroles pour protester contre l'éviction de leurs camarades.

La deuxième explication tient à la réduction des effectifs. Une décision ministérielle du 6 mars 1871, rappelée par une circulaire du 27 novembre 1873, suspend de façon générale les engagements d'étrangers et n'autorise plus que les Alsaciens, les Lorrains et les Suisses. Cette règle aboutit au remplacement presque total des autres nationalités.

La troisième version, dite traditionnelle, renvoie à la guerre franco-prussienne de 1870. Le roi Léopold II demande formellement que les légionnaires belges ne prennent pas part au conflit, pour préserver la neutralité de la Belgique. Le gouvernement français accède à la demande. Avant de partir, les légionnaires belges doivent restituer leur paquetage, leur fameux « boudin », sous le regard moqueur de leurs camarades.

Quelle que soit la version retenue, les paroles actuelles sont plus tardives : elles citent les combats de Tuyen-Quang de 1885.

Les couplets : Camerone, Tuyen-Quang et la mémoire des anciens

Passé le refrain, le ton change. Les sonneries et les couplets prennent une dimension grave, presque funèbre. Une première sonnerie décrit les légionnaires sans détour :

Nous sommes des dégourdis,
Nous sommes des lascars,
Des types pas ordinaires,
Nous avons souvent notre cafard,
Nous sommes des légionnaires.

Ces vers ne cachent rien : ils reconnaissent même le « cafard » que les légionnaires disent éprouver souvent.

Le premier couplet honore deux combats fondateurs de la Légion :

Au Tonkin, la Légion immortelle,
À Tuyen-Quang illustra notre drapeau,
Héros de Camerone et frères modèles,
Dormez en paix dans vos tombeaux.

La bataille de Camerone, livrée le 30 avril 1863 au Mexique, et le siège de Tuyen-Quang au Tonkin, en 1884-1885, sont les deux références historiques majeures du chant. Camerone figure d'ailleurs sur le drapeau de la Légion, aux côtés de Diên Biên Phu. C'est parce que les paroles citent Tuyen-Quang qu'on les sait postérieures à 1885, soit bien après la composition de la mélodie.

La suite affirme la continuité du sacrifice et le devoir de fidélité, avant un dernier couplet qui évoque les campagnes lointaines, la fièvre, le feu et la mort affrontée sans détour. Cette gravité, posée juste après un refrain trivial, fait toute la singularité du Boudin.

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Un pas plus lent : 88 pas par minute

Soldats de la Légion étrangère marchant sur les Champs-Élysées lors du défilé militaire du 14 juillet à Paris.
La Légion étrangère se reconnaît aussi à sa façon de marcher. Elle défile à 88 pas par minute, contre 120 pas par minute pour les autres unités de l'armée française. Cette cadence de marche, nettement plus lente, est l'une de ses signatures les plus visibles.

Cette particularité serait héritée du Régiment d'Hohenlohe, ancêtre de la Légion, qui défilait déjà à cadence lente en 1830. La tradition a été conservée et le rythme fixé à 88 pas à la minute. On parle d'ailleurs du « pas Légion » pour désigner cette allure.

Le Boudin sert directement cet usage. C'est son tempo qui permet à la troupe de tenir ce rythme régulier et ralenti. Conséquence concrète : comme la Légion marche moins vite que les autres corps, elle ferme toujours la marche lors des cérémonies officielles, notamment le défilé du 14 juillet. Une contrainte technique devenue une marque de prestige.

La Musique de la Légion étrangère

Musiciens d'une fanfare militaire en uniforme jouant de la clarinette et du saxophone lors d'une cérémonie officielle.
Derrière les chants, il y a une formation : la Musique de la Légion étrangère, créée en 1831 en même temps que la Légion. À l'origine, elle réunit un chef, un sous-chef et vingt-sept exécutants, selon les usages militaires de l'époque. Ses effectifs ont varié au fil du temps, atteignant une centaine d'exécutants avant les restructurations de 1999, qui les ont ramenés à 55.

Aujourd'hui, la Musique compte 55 personnels répartis en deux ensembles. La batterie, forte de 18 musiciens, est commandée par un tambour-major. L'harmonie, qui en compte 32, est dirigée par le sous-chef de musique. S'y ajoute le chef de musique.

Ensemble Effectif Commandement Instruments
Batterie 18 musiciens Tambour-major Tambours, caisses claires, cymbales, grosse caisse, clairons, trompettes de cavalerie, fifres
Harmonie 32 musiciens Sous-chef de musique Clarinettes, saxophones, trompettes, cors d'harmonie, trombones, contrebasses, barytons, soubassophones
Total 55 personnels Chef de musique Tous les instruments combinés

La formation se distingue par des instruments que les autres musiques militaires ont abandonnés. Le fifre, d'origine suisse et apparu en France sous Louis XI, servait jusqu'à la Révolution, avec le tambour, à transmettre les signaux sur les champs de bataille. La Légion l'a conservé. Le chapeau chinois, pavillon de cuivre garni de clochettes et surmonté de la grenade à sept flammes, est d'origine ottomane ; la Légion l'a orné de queues de cheval, qui symbolisaient le courage dans la coutume ottomane.

Autre signe distinctif, les tambours sont portés bas, le cercle inférieur à hauteur des genoux, ce qui facilite la cadence lente des marches. Ils portent l'inscription « Legio Patria Nostra », la devise de la Légion. Depuis 1962, la Musique a quitté Sidi-bel-Abbès, en Algérie, pour s'installer à Aubagne aux côtés du 1er régiment étranger, où elle se trouve toujours.

Les autres grands chants de la Légion

Le Boudin n'est pas seul. Le carnet de chants de la Légion, dans son édition du 30 avril 2024, recense 68 chants. Selon les versions, le répertoire complet en compte davantage. Plusieurs titres se détachent par leur histoire ou leur usage.

« Adieu vieille Europe » est l'un des plus marquants. Composé en 1931 pour le film Le Sergent X, il était d'abord interprété par des soldats de l'armée coloniale partant pour l'Afrique du Nord. Grave et mélancolique, il évoque le renoncement, la soif de soleil et la recherche d'un nouveau souffle outre-mer.

« La Légion marche » occupe une place à part. C'est le chant de tradition du 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP), unique régiment de parachutistes de la Légion, basé à Calvi. Martial et solennel, il est réservé aux grandes cérémonies. Il s'agit d'une adaptation, datant de la fin des années 1940, d'un chant SS de la Seconde Guerre mondiale.

« La lune est claire » relève d'un autre registre. D'origine ancienne, sans doute issu du répertoire des troupes alpines ou des chasseurs à pied, ce n'est pas un chant propre à la Légion. On le chante à voix basse, lors des marches d'endurance ou en fin de journée de manœuvre, quand la cohésion prend le pas sur la fatigue.

À côté de ces titres, de nombreux régiments ont leurs propres chants, du 1er REC au 2e REI ou au 3e REI, aux côtés de classiques comme « Honneur et Fidélité » ou « Les Képis blancs ».

Le Boudin aujourd'hui : un marqueur d'identité

Créée en 1831 par Louis-Philippe, la Légion étrangère accueille aujourd'hui des soldats de plus de 140 nationalités. Dans ce contexte, Le Boudin joue un rôle qui dépasse la simple tradition : il sert de langue commune. Qu'un légionnaire soit kazakh, colombien ou français, le chant l'inscrit dans une même histoire et une même culture.

Le Boudin reste avant tout un outil militaire. Il impose le rythme du pas, plus lent que celui des autres troupes, et transmet l'histoire du corps, ses règles, ses fiertés et ses rancunes. Entonné lors des cérémonies, dans les camps comme en opération, il soude des hommes venus d'horizons très différents. Lors des défilés, les spectateurs acclament ces hommes au képi blanc, qui avancent imperturbables au rythme du chant.

Le chant a aussi gagné une audience plus large. En 2013, la Musique de la Légion étrangère a enregistré l'album Héros sous le prestigieux label Deutsche Grammophon. Par ailleurs, des compilations comme Legende – Music of the French Foreign Legion regroupent les titres les plus célèbres du répertoire :

Piste Titre
1 La Mer
2 Le boudin
3 Adieu Vieille Europe
4 Un dur, un vrai, un tatoué
5 Non, je ne regrette rien
6 La Marseillaise
7 Lili Marleen
8 Le Chant de l'oignon
9 Sous le ciel de Paris
10 Le fanion de la légion
11 Boléro
12 Le Boudin (Alternative Version)

Présent dès l'instruction de base, repris à chaque grande occasion, Le Boudin demeure le chant qui dit le mieux l'histoire et l'identité de la Légion étrangère.

Foire aux questions

Quel est le chant des légionnaires et de la Légion étrangère française ?

Le Boudin est le chant de marche officiel et l'hymne de la Légion étrangère française. Son refrain emblématique débute par « Tiens, voilà du boudin » et mentionne les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains. Composé musicalement par François-Nicolas Wilhelm entre 1858 et 1864, le chant accompagne la cadence de marche unique de la Légion à 88 pas par minute, contre 120 pour les autres régiments français.

D'où vient le chant « Tiens voilà du boudin » et quelle est son origine ?

Le Boudin a été composé musicalement par François-Nicolas Wilhelm, chef de musique de la Légion, entre 1858 et 1864. Les paroles actuelles ont probablement été adoptées vers 1870-1885, après les combats de Tuyen-Quang. Le terme « boudin » désigne la toile de tente roulée en forme cylindrique fixée sur le sac des légionnaires, et non un aliment. Trois versions historiques expliquent l'origine des paroles : la campagne du Mexique avec Léopold Ier, le décret de 1871-1873 restreignant les engagements, et la guerre franco-prussienne de 1870 avec Léopold II.

Pourquoi la Légion étrangère chante « Pour les Belges, y'en a plus » ?

L'exclusion des Belges dans le refrain du Boudin remonte à la guerre franco-prussienne de 1870. Le roi Léopold II de Belgique a demandé formellement que les légionnaires belges ne participent pas au conflit pour préserver la neutralité de la Belgique. Les légionnaires belges ont dû quitter la Légion et restituer leur paquetage (le « boudin »), sous les regards moqueurs de leurs camarades. Une autre explication mentionne le décret de 1871-1873 qui suspendait les engagements étrangers et n'autorisait que les Alsaciens, Lorrains et Suisses.

Qu'est-ce que le boudin dans le contexte de la Légion étrangère ?

Dans le jargon militaire de la Légion étrangère, le « boudin » désigne la toile de tente roulée serrée et portée sur le sac à dos des légionnaires. Sa forme cylindrique rappelle celle d'un boudin charcutier, d'où son surnom. Ce terme, hérité du XIXe siècle, était utilisé pour désigner le paquetage allégé porté en bandoulière lors des campagnes lointaines. Le mot n'a donc rien à voir avec l'aliment, contrairement à ce que le refrain populaire pourrait suggérer.

Quelle est la devise de la Légion étrangère ?

La devise officielle de la Légion étrangère est « Legio Patria Nostra », ce qui signifie en latin « La Légion est notre patrie ». Cette devise exprime l'appartenance totale des légionnaires à leur corps d'adoption, quelles que soient leurs origines nationales. Elle figure notamment sur les tambours de la musique de la Légion et incarne l'identité collective d'une institution qui accueille plus de 140 nationalités différentes.

À quel rythme marche la Légion étrangère et pourquoi défiler en dernier ?

La Légion étrangère défile à 88 pas par minute, une cadence significativement plus lente que les 120 pas par minute des autres régiments français. Ce rythme lent, appelé « pas Légion », est hérité du Régiment d'Hohenlohe en 1830. Le tempo du Boudin est précisément adapté à cette cadence caractéristique. Parce que la Légion marche plus lentement que les autres unités, elle défile toujours en dernier lors des cérémonies officielles comme le défilé du 14 juillet.

Quels sont les autres chants célèbres de la Légion étrangère ?

Au-delà du Boudin, le répertoire de la Légion étrangère comprend plus de 68 à 80 chants officiels et traditionnels. Parmi les plus emblématiques : « Adieu vieille Europe » (composé en 1931 pour le film Le Sergent X), « La Légion marche » (hymne solennel du 2e REP chanté lors des grandes cérémonies), « La lune est claire » (chant de nuit et de cohésion), « Honneur et Fidélité », « Anne-Marie », « Les Képis blancs », et de nombreux chants de régiments spécialisés (1er REC, 2e REI, 3e REI).

Quelles batailles historiques sont mentionnées dans Le Boudin ?

Le Boudin fait référence à deux batailles fondatrices de la Légion étrangère : la bataille de Camerone au Mexique (30 avril 1863), où 65 légionnaires ont tenu tête à plus de 2000 soldats mexicains, et le siège de Tuyen-Quang au Tonkin (1884-1885). Les paroles honorent ces combats légendaires avec les vers « Au Tonkin, la Légion immortelle À Tuyen-Quang illustra notre drapeau, Héros de Camerone et frères modèles Dormez en paix dans vos tombeaux ». Ces batailles figurent également sur le drapeau de la Légion.

Qui a composé le Boudin et quand a-t-il été créé ?

La mélodie du Boudin a été composée par François-Nicolas Wilhelm, chef de musique de la Légion étrangère en poste entre 1858 et 1864. Certaines sources mentionnent également Antoine Dussenty, chef de musique, qui aurait orchestré et harmonisé la marche. Les paroles actuelles sont plus récentes que la musique, probablement adoptées vers 1870-1885, car elles font référence aux combats de Tuyen-Quang (1885) et à la guerre franco-prussienne de 1870. Le premier enregistrement du Boudin date de 1952 par le chef de musique Marcel Lasalmonie.

Comment est organisée la Musique de la Légion étrangère ?

La Musique de la Légion étrangère, créée en 1831, compte aujourd'hui 55 musiciens répartis en deux ensembles : la batterie (18 musiciens commandés par un tambour-major) et l'harmonie (32 musiciens dirigés par le sous-chef de musique), plus 1 chef de musique. Elle se distingue par des instruments historiques préservés : fifres (d'origine suisse), chapeau chinois (pavillon de cuivre garni de clochettes orné de queues de cheval), et tambours portés bas à hauteur des genoux avec l'inscription « Legio Patria Nostra ». Depuis 1962, elle est basée à Aubagne avec le 1er régiment étranger.

Sources

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